La tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on Google+Email this to someonePrint this page

En décembre, alors que nous cherchions dans les rayons d’une célèbre librairie des livres variés à offrir à nos proches pour Noël, nous avons croisé le livre à l’origine de l’adaptation d’un film d’animation japonais de Takahata Isao qui avait marqué notre enfance, Le tombeau des lucioles. Prises d’un élan de nostalgie et curieuses de cette découverte, nous avons donc acheté La tombe des lucioles. Publiée en 1967, la nouvelle semi-autobiographique de Akiyuki Nosaka reçoit le prix Naoki en 1968. Elle est ici traduite par Patrick De Vos et s’accompagne d’une seconde nouvelle, Les algues d’Amérique, traduite par Anna Gossot.

La tombe des lucioles de Akiyuki NosakaLa première nouvelle raconte l’histoire de Seita, jeune homme d’une quinzaine d’années, et de sa petite sœur, Setsuko, qui survivent comme ils le peuvent aux bombardements sur la ville de Kōbe, en 1945.
L’histoire des Algues d’Amérique se déroule dans les années 60. Toshio n’est pas content parce que sa femme a proposé d’héberger un couple d’américains, qu’elle a rencontré en vacances l’année précédente, sans sa permission. Contraint de cohabiter avec ceux qu’il continue à considérer comme des soldats débarqués en 1945, Toshio va être très surpris par les Higgins et la cohabitation entre les deux couples va être compliquée…

Les deux histoires prennent place dans le Japon des années 1940-1960 ; nous sommes ainsi plongées dans un pays plus ou moins en guerre et nous découvrons le comportement d’un peuple dont les moeurs, et donc les réactions à ces événements, sont différents des nôtres. Les deux nouvelles semblent se suivre chronologiquement ; en effet, La tombe des lucioles se déroule à la fin de la Seconde Guerre Mondiale tandis que l’autre décrit la vie d’un japonais d’après guerre. Nous les trouvons d’ailleurs très intéressantes car elles nous permettent de découvrir et de comprendre à quel point la culture japonaise nous est étrangère. C’est également la première fois que nous sommes réellement confrontées au point de vue des Japonais sur ce combat mondial.
Le récit est terriblement cru et nous devons, par moment, et surtout dans la première nouvelle, faire face à des images dont la simple description nous horrifie ; cette impression n’est d’ailleurs qu’exacerbée lorsque l’on réalise que l’auteur décrit des événements qu’il a potentiellement vécu. Cette première nouvelle est sombre et nous ne manquons pas d’être véritablement émues alors que nous en connaissons déjà le dénouement.
La seconde nouvelle nous a principalement intéressée car elle confronte un japonais à un américain et que, étant donné que l’auteur choisit d’être omniscient au japonais, nous comprenons entièrement la pensée, la logique et la culture de celui-ci. L’accueil et le comportement qu’il a à l’égard de son invité semble résumer l’entière logique culturelle du peuple japonais ; la conclusion de la nouvelle la met d’ailleurs totalement en avant puisque l’auteur explique clairement la raison des actions de son protagoniste. Cette nouvelle est plus légère que la précédente mais elle ne manque pas de souligner une période difficile pour tout un pays.

L’équipe de Badachaboum – Paris a réellement apprécié sa lecture de La tombe des lucioles. Les deux nouvelles qui composent le recueil nous ont permis de mieux comprendre une culture différente tout en nous émouvant ou en nous intéressant sur une période difficile de l’histoire. On ne peut également que vous recommander chaleureusement l’adaptation animée, Le tombeau des lucioles, qui, bien qu’il continue à nous faire pleurer toutes les larmes de notre corps, est, selon nous, l’un des plus beaux films que nous ayons vu.

« [...] Dans l’après-midi du 7 juin, le corps de la mère de Seita devait être incinéré au pied du mont Ichiô ; à un poignet, on lui avait retiré ses pansements et accroché une plaque d’identité avec du fil de fer, aussi l’avait-il vue enfin, sa peau virant au noir que personne n’eût cru appartenir au genre humain ; au moment où l’on posa sa mère sur le brancard, de la vermine tomba par terre, mais à y regarder de plus près, c’étaient des centaines, des milliers de larves qui se tortillaient sur le sol de la classe des travaux pratiques, ce dont ne se souciaient guère ceux qui les écrasaient sous leurs pieds en transportant les cadavres, séparant ce qui ressemblaient à des billes de bois calcinées, chargées roulées dans des nattes sur un camion, des autres morts, alignés tels quels sur un rang à l’intérieur d’un bus vidé de ses sièges, savoir les morts par suffocation, les morts par suite de blessures, et d’autres morts encore. »

La tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka
Poche – 6,50€

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML :

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>